Evergrey – « The Storm Within »

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« The Storm Within », c’est le dixième album studio du groupe de Prog suédois, Evergrey, qui fête cette année ses vingt ans de carrière. Je ne me suis jamais vraiment intéressée à Evergrey auparavant, à mes yeux c’était simplement un groupe de Metal triste dont le chanteur avait une jolie voix. De la musique agréable à écouter lorsque l’on est un peu nostalgique ou que l’on a besoin d’un peu de calme…

Mais il y a quelques mois de cela, je me suis trouvée en charge de, non pas une, mais deux interviews du groupe. Une première avec Tom S. Englund, le chanteur et une seconde avec Jonas Ekdahl, le batteur. Tous deux ayant été au cœur de la création de « The Storm Within ». Soit, il fallait que je bosse un peu le sujet et c’est donc  pour ça que cet album a atterri dans mes oreilles.

Aujourd’hui, je suis certaine que c’est l’album que j’ai préféré en 2016 et je le considère déjà comme un album qui aura marqué mon existence.

« The Storm Within » recèle d’une grande richesse musicale, les compositions sont travaillées, agrémentées çà et là d’instruments à cordes pour souligner leur beauté. Les ambiances sont variées, parfois agressives, parfois simplement énergiques ou encore terriblement calmes. Mais toutes s’imbriquent à la perfection au fil de l’album et nous font voyager harmonieusement d’une humeur à une autre. Il y a aussi les voix : hormis celle bien connue de Tom S. Englund, avec laquelle il jongle brillamment pour restituer les  différentes émotions, nous retrouvons également celle de Floor Jansen (Nightwish) sur « In Orbit », ainsi que sur « Disconnect », dans un registre lyrique où il faut tendre un peu l’oreille pour la distinguer dans les arrangements. Ainsi que la voix suave de Carina Englund, la femme de Tom, sur la magnifique ballade qu’est « The Paradox Of The Flame » qui est, pour moi, la pièce maîtresse de l’opus.

Mais au-delà  de tous ces aspects qui font déjà  de « The Storm Within » un excellent album d’un point de vue technique, se cache un concept, une histoire qui me bouleverse. J’emploie les mots de Tom pour l’expliquer le plus simplement possible : « L’album parle de la recherche d’identité, quand on essaye de s’accomplir alors que l’on se sent à moitié vide ». Il ajoutera lors de notre interview : « Je pense qu’il s’agit du premier album d’Evergrey sur lequel l’amour est le thème principal : on parle de relations, de cœurs brisés et de comment l’on redevient une personne seule après avoir été très longtemps avec quelqu’un. Et aussi de comment gérer ses pensées changeantes, quand la paix et la colère se mélangent dans la tête à ce moment-là. En fait, quand cela arrive, on doit se détacher de tout pour redevenir une seule personne à nouveau, tu comprends ? Comment on apprend à vivre sans l’autre, qu’il s’agisse d’une séparation par la mort, ou si quelqu’un te quitte… En fait, de tout ça, j’en ai fait une histoire à part entière que j’ai transposée dans un univers interstellaire. Parce que ce que j’imagine, c’est qu’on ne peut être plus seul que sur une planète dont tu es le seul habitant, c’est en tout cas l’image que j’ai voulu représenter et qui m’est venue lorsque j’étais en train d’écrire les paroles ».

« The Storm Within », c’est donc le conflit intérieur, le torrent d’émotions qui se télescopent en nous-mêmes lorsque l’on est face à une épreuve douloureuse, en l’occurrence la perte de l’être aimé. L’espoir, le désespoir, la douleur, le déni, la colère, la nostalgie, la solitude, les regrets, la tristesse, la peur du lendemain…  « The Storm Within », c’est une remise en question, un début de voyage initiatique pour tenter de retrouver la paix intérieure. Par ailleurs, l’artwork, réalisé par l’artiste brésilien Carlos Fides, exprime parfaitement l’idée de ces multiples pensées contradictoires emprisonnées en nous, qui nous empêchent presque de respirer et que l’on voudrait expulser hors de soi à tout jamais.

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Voici le commentaire de Tom à ce sujet, toujours lors de notre interview : « On a utilisé le blanc et le noir sur un corps pour représenter le fait que quand quelqu’un nous abandonné, une partie de nous s’en va, tandis que d’autres choses restent et de nouveaux sentiments apparaissent. Le blanc et le noir représentent aussi le bien et le mal, les ténèbres et la lumière et cela représente bien « The Storm Within », « l’orage intérieur ». Et je pense que c’est ce que les gens traversent quand ils se séparent de quelqu’un, ils extériorisent des choses, mais d’autres se passent à l’intérieur et elles sont vraiment différentes. C’est un peu ce qu’on peut lire sur le visage de gens affectés par cela ».

Enfin, tout ça pour en venir à l’élément principal qui illustre ce concept à la perfection : les textes. Des textes simples mais terriblement justes, qui m’affectent presque viscéralement… Je pourrai citer un extrait de chaque chanson, tant cet album me touche et qu’il traduit tristement mes propres sentiments, mon propre conflit intérieur, mais je me contenterai de quelques titres phares pour lesquels des vidéos ont été réalisées avec la complicité et le talent du célèbre Patric Ullaeus.

« The Distance », le premier titre de l’album qui nous happe dans l’univers de « The Storm Within » dès ses premières notes. J’en partage ici le clip, réalisé par Monsieur Ullaeus, donc, où l’on peut apprécier la beauté des vastes terres islandaises, tout en se laissant envahir par la musique.

Vient ensuite « Passing Through » qui évoque la remise en question à proprement parler et qui interroge le futur sur un rythme plus enjoué, comme une lueur d’espoir… Mais le ton de la voix reste empli d’incertitudes et communique dans le même temps une certaine agressivité.

« The Impossible », à nouveau tourné en Islande…

« And I’ll look to the sky for any signs to justify or offer reasons why there can’t be a ‘you and I’. (…) It is cold here it is freezing while you’re asking the impossible… Because it is impossible to be this alone. I cross the dark side of the moon and cross my heart and hope for this madness to end very soon before I drown in a sea of sadness. »

« In Orbit », pour la présence de Floor…

« The Paradox Of The Flame  », ou ce duo à la fois magnifique et déchirant que forment Tom et sa femme, Carina.

« So here we are, I understand our intentions are different. It’s no one’s fault, but there are light years in between us. How I wish that we’d still feel the same, that we did never change… (…) And here we stand heartbroken now. We lost our way, lost somehow…»

« Disconnect », lorsque l’on n’en peut simplement plus, que l’on ne sait plus comment sortir de ce cauchemar éveillé et qu’on a perdu l’envie de se battre.

« How am I suppose to make it alone ? Don’t leave this, don’t leave me ! I’ll disconnect before it takes me over. I undress and fall, wish to leave it all. I disconnect before it takes me over. If this, if this is all I have now, then I need to disconnect now. I never meant to be indifferent, never wanted you to feel irrelevant, You were never insignificant. »

Et  finalement « The Storm Within », ou la conclusion, la parenthèse qui se ferme quand on a fait le tour de la question et qu’on rend le bilan. Cela s’achève sur une note aérienne, presque positive, mais la voix semble résignée et toujours empreinte de tristesse, c’est pourquoi je n’arrive pas à déterminer l’issue de cette histoire.

« You tore down my walls, you stole my armor. You’re under my skin…
(…) And we wrote life as it passed, as nothing else could matter at all.
You made the sun rise, the stars fall and darkness smaller. We walked many days in sorrow, but also in daylight’s grace. We gave worth to that which was hollow. Sometimes just two lost souls…»

Quoiqu’il en soit, « The Storm Within », outre ses nombreuses qualités techniques, fait un peu l’effet d’une claque en pleine figure lorsque l’on s’aperçoit qu’Evergrey a réussi à mettre les bons mots sur ses propres maux qui nous semblent impossibles à exprimer. Cela a une sorte d’effet thérapeutique, qui nous aide, si pas à avancer, à au moins y penser et réaliser qu’il est temps de mettre de l’ordre dans sa vie et de se construire. À quel prix ? Ça, l’album ne le mentionne malheureusement pas…

*

Pour lire l’intégralité de l’interview de Tom S. Englund dans le Hellzine, rendez-vous ici, en pages 30 et 31. Quant à l’interview de Jonas Ekdahl, c’est chez Metal Highway que ça se passe : ici.

*

Pour suivre Evergrey : Facebook / Site officiel

« The Storm Within » – Tracklist :

01 .Distance
02. Passing Through
03. Someday
04. Astray
05. The Impossible
06. My Allied Ocean
07. In Orbit (feat. Floor Jansen)
08. The Lonely Monarch
09. The Paradox Of The Flame
10. Disconnect
11. The Storm Within

Evergrey – Line Up :

Tom S. Englund : Vocaux
Rikard Zander : Claviers
Johan Niemann : Basse
Jonas Ekdahl : Batterie
Henrik Danhage : Guitares

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