[ARCHIVES] Interview avec Jinjer

Jinjer-King-of-Everything

Un ovni provenant d’Ukraine a atterri dans notre atmosphère il y a peu grâce à une signature auprès du label autrichien Napalm Records. Il s’agit de Jinjer, un groupe au style varié mené de front par Tatiana, une chanteuse dont la voix possède de multiples facettes. C’est elle qui nous parle aujourd’hui de Jinjer et de son dernier album, « King Of Everything ».

Tout d’abord, il faut avouer que nous avons découvert Jinjer de notre côté de l’Europe depuis votre signature avec Napalm Records, peux-tu expliquer en quelques mots les débuts du groupe ? En fait, Jinjer existait déjà avant que j’entre dans le groupe. En 2009, un ami, qui n’est plus dans le groupe maintenant, m’a demandé de faire un remplacement pour quelques concerts et j’ai accepté de l’aider. Après ça, ils m’ont simplement engagée. Donc, comme je suis arrivée après, je ne sais pas comment Jinjer a été formé et à dire vrai, aujourd’hui, il n’y a plus aucun membre d’origine.

Jinjer nous est décrit comme le « joyau caché » d’Ukraine. Peux-tu nous parler un peu de la scène metal ukrainienne en général ? Eh bien, il n’y a presque rien à dire (rires) ! Il y a quelques bons groupes qui valent la peine à écouter et à aller voir en concert, mais la plupart s’occupe de son travail et ne joue que très rarement, malheureusement. La majorité de ces groupes n’a jamais passé la frontière de l’Ukraine, ils n’existent qu’ici, personne ne les connait. Cependant, comme on a la chance de voyager, on partage leur musique et les gens ont l’air d’apprécier. Mais ces groupes ne considèrent pas la musique comme leur job, comme on le fait, ils ne pensent pas que la musique puisse les amener quelque part, qu’elle leur permette de gagner leur vie.

Comment expliques-tu le succès de Jinjer ? Il y a deux mots pour ça : le talent et le travail. Je ne suis pas modeste à ce propos, je sais qu’on peut le faire. On a de la matière et une tournée pour se présenter au monde et on a vraiment travaillé dur pour gagner un peu de succès. Cela, avec l’aide de quelques bonnes personnes, bien sûr.

Je pense que c’est la clé pour n’importe quel groupe, en fait. Sinon, comment avez-vous obtenu un deal avec Napalm Records ? C’est eux qui vont ont remarqués ou vous les avez sollicités ? C’est eux qui ont fait le premier pas. Ils ont contacté Eugene (basse) pour lui proposer un contrat, on y a réfléchi et voilà. C’était une très bonne nouvelle pour nous et aussi une grosse surprise. En fait, il y a beaucoup de gens ici en Ukraine qui pensent que nous recherchions un label et que nous avons payé Napalm pour qu’ils nous prennent. Ils sont stupides ! Mais personne ne nous croit ici ! Mais ça va, on s’habitue à ça.

Je suppose que vous êtes satisfaits de leur travail. Quelles sont vos attentes par rapport à votre nouvel album ? On aimerait vraiment que cet album monte dans les charts, parce qu’on s’est vraiment donné du mal pour composer et enregistrer cet album. Donc, j’espère que cet album nous amènera à un niveau supérieur dans la musique et nous rendra encore plus populaires. J’espère que l’on pourra tourner sur un autre continent pour rencontrer un nouveau public et nous faire connaitre, plus uniquement que par internet, mais en live.

D’un autre côté, je dois dire que tu as une voix étonnante, très masculine. Et ta voix claire est aussi très belle et peu commune. Je suppose que c’est ce qui rend le groupe spécial. Peux-tu expliquer comment tu as travaillé ta voix pour arriver à ce niveau ? As-tu une routine spécifique ? Merci, mais en vérité, je ne m’entraine pas, parce que nous avons beaucoup de concerts, donc on n’a pas l’occasion de répéter ensemble et je ne m’échauffe pas vraiment avant un concert, j’arrive sur scène et je chante. Mais peut-être que je devrais ! En fait, je pense que je devrais commencer à faire ça bientôt pour préserver ma voix. Autrement, je ne sais pas, ma façon de chanter est venue assez naturellement. Pendant les répétitions, je cherche de nouvelles techniques, d’autres façons de poser ma voix et j’essaie toujours de développer mes capacités.

Tu veux  dire que tu n’as jamais pris de cours, tu as tout appris par toi-même ? Oui, j’ai tout appris seule. Quand j’avais huit ou neuf ans, j’ai pris quelques cours de chant. Ça a duré deux mois, puis j’ai arrêté. Depuis, je n’ai plus jamais eu de professeur. D’ailleurs, il y a pas mal de personnes qui m’ont demandé d’être leur professeur, mais je ne connais aucune théorie, je suis une praticienne (rires), je sais juste chanter.

Maintenant, peux-tu m’en dire un peu plus sur ce nouvel album, « King Of Everything » ? Comment s’est passé l’enregistrement ? On a reçu la proposition de Napalm Records en novembre dernier et on a commencé à composer en décembre, puis on a enregistré au début de 2016. « King Of Everything » parle des gens matérialistes, qui s’en fichent de tout ce qui est spirituel. Il y a beaucoup de sortes de rois, si l’on peut dire : le temps, la religion, les idéologies, l’argent, l’égoïsme, le passé… Il y a aussi beaucoup de chansons aux genres différents, on aime beaucoup mélanger les styles de musiques et mettre du contraste. On adore les contrastes !

Justement, Jinjer est décrit comme étant du metalcore, mélangé avec du djent, du hardcore, du groove… Et quand on écoute ce nouvel album, on peut remarquer des passages progressifs, des influences jazz ou même pop. Comment décrirais-tu ce style finalement et d’où cela vient ? On aime mélanger tous ces genres, simplement parce que l’on aime beaucoup la musique, peu importe le genre. Cela va du hip-hop au black metal, au jazz, à l’électro, la dance, le reggae… On arrive à trouver de la beauté dans chaque genre et c’est pour ça qu’on aime les mélanger. Pour moi, c’est assez ennuyeux de juste jouer du metal et les mélanges donnent plus de relief, de couleur à notre musique. Et c’est pour ça que beaucoup de gens ont du mal à nous décrire, ils se demandent ce qu’on fait. Mais c’est impossible de décrire Jinjer en un mot ! Nous ne le savons pas nous-mêmes. Peut-être qu’un jour on y réfléchira et on inventera un mot pour ça (rires) !

Aussi, quand on regarde vos clips, on peut remarquer que tu incarnes à chaque fois un personnage différent, comme par exemple sur « Words Of Wisdom », tu as un look hardcore, ou sur « I Speak Astronomy », tu optes pour un look plus féminin. Qui est la vraie Tatiana, finalement ? Je n’en ai aucune idée (rires) ! Il y a beaucoup de personnes à l’intérieur de moi, je ne sais pas si c’est bien ou mal. Je pense que les humains sont tous différents, c’est ce qui les rend beaux et mystérieux. Je ne sais pas, il y a aussi plusieurs démons en chacun de nous et c’est bien de pouvoir les montrer. J’aime changer mon image, cela va avec la musique de Jinjer, pleine de contrastes et je pense que ça vient de là, de mes différentes personnalités qui s’expriment. Et donc, il n’y a pas qu’une seule Tati, il y en a plein !

Quels sont les artistes qui t’inspirent le plus ? En premier, je dirais Sandra Nasic de Guano Apes et Nina Hagen. Après, peut-être sur certains points, il y a aussi Janis Joplin, Ella Fitzgerald, Amy Winehouse, le groupe Otep… Qui d’autre ? Je pense que c’est tout pour le moment !

Est-ce qu’une tournée européenne est prévue après la sortie de l’album ? Les choses se mettent en place, tout est presque prêt pour une tournée en automne et ce sera une très grande tournée européenne. Pour la première fois, on visitera le Portugal et l’Espagne, donc on est très impatients d’y être. En fait, c’est Eugene (basse) qui s’occupe de tout ça, il fait un énorme travail.

Finalement, que dirais-tu à nos lecteurs qui ne connaissent pas encore Jinjer ? Je dirais simplement : soyez ouverts aux nouveaux groupes, aux groupes underground, aux genres différents et essayez d’en savoir plus sur eux. N’hésitez pas à aller voir des concerts de groupes que vous ne connaissez pas encore et laissez-leur la chance de vous convaincre. On ne sait jamais, on peut trouver des perles n’importe où et vous pouvez les aider à avancer. Les aider avec de l’argent ne suffit pas, ils ont aussi besoin de retours et de conseils pour s’améliorer dans ce métier fantastique qu’est la musique. Cela ne concerne pas uniquement Jinjer, mais tous les nouveaux groupes qui viennent dans votre pays.

C’est compliqué de rendre  les gens curieux aujourd’hui, je ne sais pas ce qui se passe… On a connu toutes sortes de situations et on s’est déjà retrouvés dans des salles presque vides à nos débuts, c’est assez décourageant et parfois tu n’as même pas envie de jouer, ou tu te dis que tu vas arrêter la musique. Donc, s’il vous plaît, venez et supportez les groupes !

Pour terminer, as-tu quelques mots pour les fans belges ? Eh bien, les amis, j’espère que l’on va se revoir bientôt, parce que la dernière fois que nous sommes venus, on s’est vraiment bien amusés. Les gens ont été géniaux, on a eu des retours très positifs, donc j’ai vraiment hâte de revoir le public belge !

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