[ARCHIVES] Interview avec Machine Head

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C’est dans la chambre d’un grand hôtel bruxellois que le charismatique chanteur et guitariste de Machine Head nous reçoit. En sirotant un cappuccino, Robb Flynn nous parle bien sûr de « Catharsis », nouvel album du groupe qui sort en ce début d’année mais, entre autres choses, revient également sur la polémique autour de « Davidian ».

Commençons avec le sujet principal de cette interview : votre nouvel album! Pour préparer cette interview, nous en avons reçu une version non finalisée et on trouve déjà ça énorme. Que peut-on espérer de plus de la version définitive ? Merci ! Je pense que la version finale de l’album sera très peu différente de celle que vous avez reçue. Il ne reste que quelques détails à régler avec le mastering, les différences seront minimes.

Quelques questions d’ordre pratique maintenant. Tout d’abord, peux-tu expliquer comment vous avez travaillé sur cet album, est-ce que Machine Head a une façon spécifique de travailler ? Normalement, oui. La procédure typique, c’est que nous écrivons quelques chansons puis nous entrons en studio pour tout enregistrer d’une traite. Pour cet album, nous avons changé cette manière de faire. On a écrit deux ou trois chansons que nous sommes allés enregistrer, puis nous sommes repartis du studio. Ensuite, on a écrit trois autres chansons, sommes retournés au studio et ainsi de suite. De cette façon, les chansons étaient encore fraîches, elles n’avaient pas plus de deux ou trois mois. Souvent, quand on prépare un album, on arrive avec une démo et finalement le résultat final est complètement différent de ce qu’on imaginait. Avec cette nouvelle façon de faire, les morceaux sont capturés dans l’instant, ils gardent une certaine fraîcheur, une certaine spontanéité. Pour certaines chansons, on les a jouées pour la première fois ensemble au studio, ou bien je posais seulement ma voix et elles étaient enregistrées directement, dès leur premier jour d’existence. C’était vraiment une façon intéressante de travailler, plutôt que d’écrire, écrire, écrire, puis enregistrer, enregistrer, enregistrer. Pour moi, il y a un côté urgent, immédiat, excitant et je ne pense pas qu’on aurait pu capturer les chansons d’une telle façon si nous avions procédé comme d’habitude.

Avec qui avez-vous travaillé pour enregistrer et produire cet album ? Je l’ai produit moi-même, comme le précédent, mais j’ai travaillé avec un autre ingénieur, Zack Ohren, qui a notamment travaillé avec All Shall Perish. Il a une très bonne connaissance du death metal, mais il est également batteur dans un groupe de pop (rires). Il est très bon, nous avons bien travaillé ensemble, il a de bonnes idées.

D’un autre côté, l’artwork n’a pas encore vraiment été révélé… Mais si, il a été révélé (rires) ! Tout le monde m’en parle parce que le label ne l’a pas encore publié, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, mais il s’agit de l’image que l’on voit sur le poster de la tournée.

D’accord ! Peux-tu parler de sa signification et de l’artiste qui l’a réalisé ? « Catharsis » signifie « purification », en gros. On cherchait une façon de représenter ça visuellement, donc nous avons suivi quelques pistes avec différents artistes, mais tout nous semblait banal. Jusqu’au jour où je surfais sur le web en quête d’inspiration et je suis tombé sur ce gars… Un gosse de 22 ans super talentueux, et j’ai vu cette image. J’ai trouvé ça magnifique et puissant, un peu provocant aussi avec ce mec nu, le sang et un côté « dépressif » avec le fond très noir. Je me suis dit : « C’est ça ! » Donc, j’en ai parlé aux autres et ils étaient d’accord. Alors j’ai contacté le gars pour lui demander s’il était intéressé de recréer une image du même genre et il m’a juste répondu : « Non, vous pouvez l’utiliser, ce serait un honneur. » On l’a engagé pour tout le graphisme de l’album. Il a réalisé un booklet de 24 pages avec de superbes photographies qui collent parfaitement à la musique. J’adore ! Et j’apprécie beaucoup que Nuclear Blast nous permette ça. J’aime les artworks parlants et artistiques qui emmènent l’auditeur dans l’univers de l’album. Je suis très fier du graphisme qui entoure « Catharsis » !

Comment décrirais-tu « Catharsis » musicalement ? Après avoir discuté avec nos fans sur les réseaux sociaux, je sais que leurs attentes vont du très bas au très haut. Ce que je peux dire, c’est que « Catharsis » n’est pas l’album le plus « heavy » de notre carrière. C’est un album très mélodique, très groovy aussi et je pense que c’est important de le dire. Je trouve que c’est cliché de dire qu’il s’agit de notre meilleur album, du plus puissant, etc. Pour celui-là, et pour aucune raison particulière à moins que ce ne soit parce que nous sommes ensemble depuis longtemps, nous avons voulu nous concentrer sur le groove et faire des chansons assez simples, tant du point de vue des instruments qu’au niveau des lignes de chant. Je pense que c’était juste le moment propice pour faire ça.

Il y a des chansons sur l’album, comme « Volatile » par exemple, qui rappellent l’ère de « Burn My Eyes » avec des chansons comme « Davidian » ou « Block ». Est-ce une sorte d’hommage à votre passé ou juste un besoin d’extérioriser une certaine haine ? « Volatile » est sans doute la chanson la plus thrash de l’album et c’est la dernière chanson qui a été écrite. Cela faisait un moment qu’on était en train de composer et on s’est dit qu’on avait besoin de quelque chose de plus enragé, mais ça n’arrivait pas. Ça nous a peut-être pris un an avant d’y arriver. Pour moi, si on devait faire une chanson thrash, elle devait être meilleure que « Aesthetics Of Hate » et si nous n’y parvenions pas, c’est que nous devions prendre une autre direction, faire des choses différentes. D’ailleurs selon moi, « Catharsis » est un album très éclectique qui contient beaucoup de nuances. Il y a des choses que nous n’avions jamais faites auparavant, des chansons comme « Behind The Mask » par exemple où il n’y a pas de guitare ni de chant agressifs, et pourtant c’est une bonne chanson. Puis, il y a « Bastards » qui est une chanson folk quelque part avec quatre accords, un truc qui se fait depuis des centaines d’années, mais c’est la meilleure façon de raconter une histoire. Il y a beaucoup de storytelling sur cet album d’ailleurs. Chaque morceau raconte quelque chose et quand j’ai commencé à observer l’ensemble, j’ai pu voir une sorte de film. C’est un long album aussi, c’était un long travail qui a demandé beaucoup d’investissement. Et c’était important qu’à la fin les morceaux puissent s’assembler.

Personnellement, j’ai préféré les chansons plus « émotionnelles » de « Catharsis » et en particulier « Bastards » où il est question d’un père qui s’adresse à ses fils. J’ai découvert que tu avais sorti cette chanson l’an dernier et beaucoup de gens ont supposé que c’était une réaction à l’élection de Trump. Je n’ai pas trouvé de réelles informations en ce sens, donc quelle histoire se cache derrière cette chanson ? Cette chanson est basée sur une conversation que ma femme et moi avons eue avec nos deux fils le jour suivant l’élection. C’était un moment difficile et mes enfants savaient que leur papa avait eu des problèmes avec des néonazis, même si on a fait en sorte de les tenir éloignés de tout ça le plus possible. C’était une conversation assez intense et j’ai écrit les paroles de cette chanson le lendemain, puis j’ai pris ma guitare et posé ces quatre accords. J’en ai parlé aux gars et j’ai publié la chanson quelques jours plus tard. À ce moment-là, je pensais juste poster la vidéo et ne plus en parler, mais quand on a commencé à bien développer l’album, j’ai eu l’impression que cette chanson était importante et correspondait au concept. Machine Head a beaucoup de titres engagés, « Imperium », « Ten Ton Hammer » etc., mais il y a quelque chose de spécial avec cette chanson et en particulier avec ces paroles : « Stand your ground, don’t let the bastards grind you down, be bold, be strange, don’t let their fears make you afraid, there’s hope… » (ndr. : « Tenez-vous debout, ne laissez pas les bâtards vous écraser, soyez audacieux, soyez étranges, ne laissez pas leurs peurs vous effrayer, il y a de l’espoir… »). Ce thème s’intercale parfaitement avec les autres et bizarrement, cette chanson est devenue une des plus importantes de l’album.

D’une manière plus générale, quels sont les autres thèmes approchés sur « Catharsis » ? Tu as dit que c’était très divers et qu’il y avait beaucoup d’histoires différentes. Peux-tu donner d’autres exemples ? Oui, comme je l’ai dit, c’est un album très éclectique et d’un côté, il y a ce commentaire politique et social et d’un autre côté, il y a des chansons comme « California Bleeding » qui est juste une putain de chanson pour faire la fête (rires). Il y a aussi des chansons comme « Eulogy » qui parle de dépression ou « Heavy Lies The Crown » à propos du « roi araignée », Louis XI de France. A un moment donné, on s’est rendu compte que chaque titre correspondait à une sorte de libération émotionnelle et c’est pour ça qu’on lui a finalement donné ce titre, « Catharsis ».

La semaine dernière, vous avez montré une vidéo du tournage du clip de « Catharsis » où l’on vous voyait enroulés dans d’espèces de draps. Peux-tu revenir sur cette expérience ? (rires) Oui, c’était vraiment très drôle à faire, mais je n’ai encore rien vu du clip depuis ce jour-là. J’adore tourner des vidéos maintenant ! Avant, je n’aimais pas vraiment ça, on faisait des vidéos où l’on prétendait jouer nos chansons, c’était chiant. Mais depuis qu’il n’y a plus MTV, j’ai l’impression qu’on peut faire ce qu’on veut. Il y avait toutes ces règles avec ce qu’on pouvait faire, ne pas faire, maintenant il n’y en a plus et c’est super. On peut faire des trucs bizarres ou complètement fous, faire des expériences et voir ce que ça donne. Pour certaines vidéos, en voyant le scénario sur papier, tu te disais que c’était la chose la plus stupide du monde. Selon moi, tant que tu sais garder une tête sérieuse, tu peux tout faire dans une vidéo (rires). Bref, je suis impatient de voir notre nouvelle vidéo, je pense qu’elle va être vraiment cool.

Sinon, c’est votre neuvième album, mais seulement le deuxième sous Nuclear Blast. Y a-t-il une grande différence entre le travail de ce label et celui que Roadrunner faisait ? Quand on a signé la première fois avec Roadrunner en 93, c’était génial, on voulait vraiment être sur ce label. Puis, au fil du temps les choses ont changé. Ils sont devenus très populaires puis ont fini par revendre le label. Cette vente a changé la dynamique du label et ça ne nous correspondait plus vraiment. Nuclear Blast, c’est un peu comme l’ancien Roadrunner et c’est vraiment cool. Roadrunner a licencié plus de cent personnes à un moment donné. On a appelé ça le « red wedding » (ndr. : « les noces pourpres », pour les fans de Game Of Thrones), c’était brutal. Puis, Nuclear Blast a recruté les meilleurs éléments et il y a vraiment une bonne ambiance de travail chez eux. Ils sont tous très impliqués et aiment le metal. C’est cool.

D’un autre côté, en vieillissant, est-ce que ça devient compliqué pour vous de jouer certains morceaux qui ne correspondent plus forcément à vos idéaux, comme « Davidian », par exemple ? Oui, je sais, j’ai dit que ne voulais plus jamais jouer « Davidian », mais je ne sais pas… Nous n’avons pas encore pris de décision finale à ce sujet. Tu sais, c’est difficile en ce moment, il y a une tuerie de masse tous les deux mois aux Etats-Unis ou des dizaines de personnes perdent la vie à chaque fois à cause de gens complètement tarés. Quand j’ai dit ça, j’étais vraiment sous le choc. Ce qui venait de se passer était une fois de plus horrible et je me suis dit que je ne voulais pas être associé à cette culture qui glorifie les armes à feu. Je ne sais pas ce qui se passera dans ma tête d’ici quelques mois, mais je suis sûr qu’il se passera encore quelque chose d’affreux d’ici là…

Le climat est aussi tendu en Europe actuellement par rapport aux attaques terroristes. Est-ce que ce genre d’événements vous fait hésiter à partir en tournée ? Non. C’est notre métier, c’est ce que nous faisons et nous continuerons à le faire. Arrêter de tourner, ce serait une façon de les laisser gagner. Aussi, personne ne sait comment il va mourir… On pourrait très bien mourir dans un accident de voiture, tu vois ce que je veux dire ? Donc, non, on tournera toujours, c’est ce qui nous maintient en vie dans ce monde fou.

Et après plus de 25 ans de carrière, es-tu satisfait ou reste-t-il des choses que tu souhaites accomplir ? Je me sens comblé jusqu’à présent mais je pense qu’il nous reste encore un bout de chemin à parcourir. J’ai l’impression que le metal n’est pas encore bien respecté dans le monde de la musique. Quand tu vois les Grammy Awards, par exemple, il n’y a même pas un award qui récompense les artistes metal, alors que l’on écrit nos chansons nous-mêmes, on joue de nos instruments, tandis que les gens qui reçoivent ce genre de récompenses ont des équipes pour écrire leurs chansons… Enfin, malgré ça, je suis heureux de ce qu’on a accompli. Nous avons beaucoup changé, évolué et nous évoluerons encore en évaluant ce qui est le mieux pour Machine Head.

Il y a des choses que tu voudrais changer dans cette carrière ? Non. Et même si c’était le cas, je ne pourrais pas les changer, alors ça n’a pas d’importance.

Est-ce que tu imagines faire de la musique agressive jusqu’à la retraite ? Oui, c’est certain !

Avec quelques chansons folk par-ci, par-là… (rires) Oui, à l’occasion !

Quelle chanson de Machine Head est ta préférée, tous albums confondus ? (soupir) Je ne sais pas, je suis trop proche de ces chansons. Elles sont toutes mes préférées, chacune représente un moment de ma vie. Je pense que c’est au public de décider quelle chanson il préfère.

Pour finir, un mot pour tes fans belges ? Oui, rendez-vous en mai !

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