[ARCHIVES] Interview avec Amorphis (1)

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Tout d’abord, comment s’est passée cette tournée ? C’était long (rires) ! Je pense qu’on n’avait jamais fait une tournée aussi longue. Soit, six semaines et demi et maintenant, il ne nous reste plus que deux concerts. Enfin, ça s’est très bien passé, bien que ce soit long, on est passé par énormément de pays et plein d’endroits où nous n’avions encore jamais joué. On a commencé en Allemagne, puis on est allé au Danemark, en Suède, en Norvège… D’habitude, on fait une date en Norvège, mais ici on en a fait quatre. On est ensuite retourné en Allemagne, puis en Angleterre pour six concerts, ce qui était aussi assez nouveaux, nous n’avions jamais fait autant de shows là-bas. On a aussi fait une date à Dublin, en Irlande, pour la première fois. Puis, nous sommes allés en France, au Luxembourg, qui était une date assez surprenante, d’ailleurs. On est aussi allé dans l’est de l’Europe, en Italie, en Serbie, en Slovénie, en Pologne… Et maintenant, on est ici, en Belgique, finalement ! On avait déjà joué au Biebob, à Vosselaar, mais je pense que c’est notre première fois ici, au Trix.

Est-ce que vous aviez du temps durant cette tournée pour visiter les endroits où vous jouiez ? À priori, on avait assez bien de temps pour visiter, parce que le bus roule pendant la nuit, pendant que nous sommes censés dormir. Et généralement, le bus s’arrête quelque part le matin vers dix heures et si on se lève assez tôt, on a un peu de temps pour se promener et visiter les alentours. Mais pour moi, personnellement, dormir dans le bus, c’est juste impossible ! Ça bouge, ça secoue, les routes sont parfois cabossées dans certains pays… Et donc, quand le bus s’arrête, c’est là que je commence à dormir, donc pour le tourisme, ce n’est pas l’idéal. Mais bon, j’en profite plutôt lorsque l’on a un jour « off », comme ça a été le cas à Budapest ou à Dublin, comme nous n’y étions en plus jamais allés. Mais en général, pour pouvoir vraiment en profiter, il faut être matinal !

D’un autre côté, vous semblez avoir gagné en popularité, ici, en Belgique. Pensez-vous que c’est grâce à la tournée effectuée avec Nightwish ? Eh bien, ce n’est que notre premier concert en Belgique après cette tournée avec Nightwish, donc il est peut-être un peu tôt pour le dire. Mais on vient d’avoir un « meet & greet » avec quelques fans avant notre sound-check et deux d’entre eux nous avaient vus pour la première fois avec Nightwish, il y a donc quelques mois. Et c’est quelque chose qui fait plaisir à entendre, c’est grâce à ça qu’on peut faire plus de concerts, sur de plus grosses scènes avec plus de public. D’ordinaire, on ne fait pas de tournée en « support » parce qu’en général, on est obligés de jouer des sets très courts, alors qu’on adore en faire des longs, avec nos douze albums et nos vingt-cinq ans de carrière. Mais bon, on l’a quand même fait avec Nightwish et je suis plutôt content, car ça en valait la peine, malgré qu’on jouait trente minutes et que tout le monde n’était pas encore dans la salle, etc. Mais oui, je pense que cette tournée avec Nightwish a été un bon investissement pour nous.

Et est-ce que l’on peut s’attendre à un DVD live de cette présente tournée ? De cette tournée ? Oh non, je ne pense pas. Je pense qu’un DVD live demande quand même de la préparation et une production sérieuse. Ici, c’est vrai que l’on a tourné quelques vidéos avec nos GoPro, notamment. On enregistre aussi le son. Mais je ne pense pas que cela peut servir pour un DVD, peut-être pour l’une ou l’autre vidéo live à partager sur les réseaux sociaux, ou une vidéo d’après tour, mais c’est tout.

D’accord. Par ailleurs, vous tournez avec Textures, dont la musique est très différente de la vôtre. Comment le public réagit par rapport à cela ? C’est sûr que Textures a un son très différent du nôtre, mais c’est quand même de la très bonne musique. Pour nous, c’est toujours un peu compliqué de trouver un groupe support, car il y a beaucoup de critères à prendre en compte : quel genre de musique avec quelle popularité, de quel pays, etc. Et à vrai dire, on n’a jamais trouvé un groupe dont la musique ressemblait à la nôtre, donc on finit toujours par tourner avec des groupes issus de tous les styles. Mais je pense que les gars de Textures ont conquis beaucoup de nouveaux fans pendant cette tournée, le public a très bien réagi à leur musique sur la plupart des shows. Sauf peut-être quand le public était plus âgé, mais en général, j’ai remarqué qu’ils étaient bien accueillis. En fait, c’était un très bon lot que nous avions sur cette tournée, car les gars de Poem, de Grèce, sont très bons aussi et encore une fois, leur musique est très différente, ce qui ne l’empêche pas d’être d’une grande qualité. Donc, ce n’était pas un « package » conventionnel, mais ça a très bien fonctionné ! En fait, on n’en a jamais eu, pas comme les groupes de Thrash ou de Heavy, par exemple. Par ailleurs, on avait commencé la tournée avec Omnium Gatherum qui nous a accompagné pendant une semaine avant Textures.

Par ailleurs, avec quels groupes rêveriez-vous de tourner dans le futur ? Oh… N’importe quel chouette groupe. Je ne me réfère pas tellement à mes goûts personnels, je ne cherche pas des groupes dont la musique sera forcément ma tasse de thé, ça n’a pas tant d’importance pour moi. J’adore tournée avec des gars sympas, normaux, pas des personnes qui jouent les rock stars et qui font des caprices. Franchement, je n’ai aucune plainte par rapport à cette tournée-ci, c’était vraiment chouette, on s’est vraiment tous bien entendus. Après oui, si je pouvais tourner avec mes groupes préférés… Euh… Faith No More, ce serait chouette !

D’accord. Maintenant, Amorphis approche des trente ans de carrière, qu’ajouteriez-vous à cette carrière pour qu’elle soit encore plus aboutie ? Je ne sais pas. Je pense que l’on n’y pense pas, en fait… On est ensemble depuis vingt-cinq ans maintenant, nous avons sorti beaucoup d’albums, ce qui est le but principal d’un groupe, à mon sens. On a tourné dans le monde entier, on a sorti un DVD, on est passé pas mal de fois à la télé aussi… Ah et il y a quand même quelque chose dont je suis fier, c’est que nous avons notre propre bière ! J’étais vraiment content quand elle est sortie, même si c’est une petite chose pour l’humanité, pour moi c’était quelque chose d’énorme (rires) !

Vous la vendez durant les tournées ? Non, non, c’est trop compliqué à transporter, c’est assez lourd, ça casse, ce n’est vraiment pas idéal pour les tournées, même si on aimerait bien. Cela dit, je pense que l’on en vend sur notre shop en ligne. On a aussi sorti un livre l’an dernier, en Finlandais. Et c’est aussi quelque chose dont je suis fier et après vingt-cinq ans, c’est aussi sympa pour les fans d’avoir ce genre d’objet. Parce qu’en général, les fans ne peuvent lire que les interviews dans les magazines, c’est quand même différent d’un livre de plus de cent pages. Et ici, on vient de sortir la version de ce livre en allemand. Et l’on est en discussion pour une traduction anglaise, ce qui va surement finir par se faire, mais je n’ai pas plus d’infos à ce sujet pour l’instant. Mais en tout cas, la traduction allemande facilitera celle pour la version anglaise. Mais sinon, toutes ces petites choses, le livre, la bière, les concerts, les albums… Tout ça nous rend très heureux et cela nous suffit. Après oui, si je pouvais décrocher une bourse gouvernementale en Finlande en tant qu’artiste… Mais bon, je ne pense pas vraiment à ça !

C’est compliqué d’être un artiste en Finlande ? Oui et particulièrement en Finlande, parce que c’est un très petit pays et très cher… Mais en fait, je serai tenté de dire que c’est compliqué d’être un artiste n’importe où ! Peu importe où tu te trouves, c’est toujours compliqué, d’autant plus quand tu fais de la musique « marginale » comme du Metal. Il faut toujours travailler très dur, durant des années pour y arriver, même si ça ne paie pas toujours. C’est le côté triste, disons.  Si tu choisis d’étudier pour devenir ingénieur, tu sais qu’après cinq ans, tu pourras entrer dans la vie active et construire ton avenir. Mais quand tu choisis d’être artiste, que ce soit dans n’importe quel type d’art, tu n’as aucune certitude de ce qui va se passer, est-ce que ça va marcher ? Est-ce que tu vas galérer pendant vingt ans ?

C’est très intéressant à entendre, parce que la plupart des gens idéalisent la Finlande, en particulier pour le Metal… Il n’y a pas de recette secrète là-bas qui fait qu’un groupe va réussir plus qu’un autre, qu’il va pouvoir vivre de sa musique… Je ne pense que le succès dépende d’où tu te trouves, encore une fois. Je pense que pour réussir, le secret, c’est vraiment de travailler et de proposer quelque chose de qualité. Si tu fais de la merde, ça ne se vendra pas plus en Finlande (rires) ! Après, c’est vrai que comme c’est un petit pays, les groupes se connaissent entre eux et c’est peut-être plus facile de trouver des contacts et de partir en tournée, mais c’est tout. Mais actuellement, c’est de plus en plus difficile de vivre de la musique, même en Finlande, beaucoup de gens s’en plaignent. La musique, c’est plus un side-project avec un autre job qui permet de vivre.

D’accord, merci pour ces explications. Sinon, dans un tout autre registre, je suppose que vous savez que la France et la Belgique ont subi des attaques terroristes récemment. Suite à cela, n’avez-vous pas eu peur de partir en tournée ? Non, pas vraiment. Je pense que c’est une goutte dans l’océan… Bien sûr, c’est horrible ce qui s’est passé, mais il y a tellement d’endroits… C’est difficile d’imaginer que ça puisse arriver, même si cela se pourrait, mais si l’on commence à penser comme ça et à s’inquiéter, ce n’est pas bon signe. Cela peut se passer partout à n’importe quel moment de toute façon. On n’a pas hésité un seul instant à partir en tournée. J’ai vu que certains groupes américains avaient annulé leurs tournées européennes… Peut-être encourraient-ils plus de risques en étant américains ? Mais nous, on n’a pas voulu annuler quoique ce soit. Évidemment, si l’on avait reçu des menaces sur nos concerts, on aurait annulé, mais cela n’était pas le cas. En fait, j’espère vraiment qu’avec les contrôles renforcés, cela n’arrivera plus jamais à personne.

Autrement, vous sortez un album approximativement tous les trois ans, peut-on donc s’attendre à un nouvel album en 2017 ? Probablement que non, parce qu’on a énormément tourné. Disons que le tour avec Nightwish était en extra avec cette tournée en headliner, puis le tour nord-américain, puis les festivals d’été, puis une autre tournée en Finlande… Et je pense, ce n’est pas encore confirmé, mais il se pourrait qu’on retourne aux Etats-Unis au printemps prochain. Ce qui nous fera près de 150 concerts avec l’album actuel. Donc, tourner ça prend du temps et nous avons sorti un bel album, donc je pense que l’on va prendre plus de temps pour le prochain. On entrera probablement en studio à la fin de 2017, mais cela prendra du temps pour mettre les choses en place. On verra bien comment ça se passe, mais il se pourrait que le prochain album sorte plutôt vers le printemps 2018.

Est-ce que vous travaillez sur de nouvelles choses quand vous êtes en tournée ou pas du tout ? Non. En fait, j’ai beaucoup de projets sur le côté, j’ai mon propre studio et je suis aussi ingé light. Et si j’ai un peu de temps à côté de ça, je compose. Et on travaille tous un peu comme ça, chacun de son côté. Puis, quand on a booké le studio, on voit combien de temps on a pour travailler et c’est là qu’on commence vraiment les pré-productions etc. Lorsqu’on est en tournée, on se concentre vraiment là-dessus et je pense que si je commençais à composer en tournée, au moment d’entrer en studio j’aurai le sentiment que ces compos seraient dépassées, déjà trop vieilles pour être exploitées. Notre façon de travailler permet de garder les choses « fraîches », disons. On n’est pas non plus du genre à s’envoyer des démos à longueur de temps, on fait vraiment tout ça plus ou moins trois mois avant d’entrer en studio.

D’accord, je pense que j’arrive à la dernière question, car nous avons dépassé le temps imparti. Mais lorsqu’on lit certaines critiques, il arrive qu’on vous reproche de ne pas prendre de risques lorsque vous sortez un nouvel album. Que répondez-vous à ce genre de remarque ? Eh bien, je pense que les gens qui disent ce genre de choses devraient vraiment écouter nos albums et se rendre compte de l’évolution du groupe ! Au fil des années, plein de choses ont changé, la façon de chanter, notamment, on a expérimenté beaucoup de choses, des choses qui ont fonctionné, qu’on a gardé et d’autres non. Et si on compare « Under The Red Cloud » avec la période de « Silent Waters », le changement est assez drastique. Et l’on ne veut plus opérer tant de changements actuellement. Si l’on devait faire quelque chose de vraiment différent, je pense que ce serait pour une sortie spéciale, un album acoustique ou quelque chose comme ça. Mais je pense qu’on prend des risques à chaque fois, en fait. « Under The Red Cloud » est beaucoup plus lourd que les albums précédents, je trouve… En fait, je n’appellerai pas vraiment ça un risque, mais plutôt une expérimentation de notre propre style. Et je pense que personne ne s’attend à ce qu’on opère un changement radical pour notre prochaine sortie. Après, à chaque album, sur mille personnes, il y en aura peut-être cinq qui vont se plaindre sur certains changements ou sur le fait qu’il n’y ait pas de changement… Comment prévoir ? Nous, on ne prévoit pas, on observe juste ce qui se passe. Mais en définitive, on ne prévoit pas de changer de style.

C’est toujours compliqué de satisfaire tout le monde… Oui et nous, on essaye de se satisfaire nous-mêmes avant tout. On fait de la musique pour nous-mêmes, ça a toujours été comme ça et bien sûr, on espère que les fans aimeront aussi. Mais après, si on se mettait à faire exactement ce qui plaît aux fans, cela deviendrait commercial et ça, on n’en a pas envie. Jusqu’à présent on s’est toujours fait plaisir, on se considère comme un simple groupe de Metal qui joue la musique qu’il aime et qui en tire de la satisfaction et jusqu’à présent cela fonctionne bien pour nous et pour le public qui nous soutient.

Merci beaucoup pour cette interview, voulez-vous ajouter quelque chose pour vos fans belges ? Eh bien, si ce n’est pas encore fait, je leur conseille d’écouter notre dernier album et j’espère qu’ils le trouveront intéressant. Merci pour le soutien et à bientôt pour la suite. Stay Rock !

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