[ARCHIVES] Interview avec Deep Purple

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C’est dans une suite somptueuse d’un grand hôtel bruxellois que nous avons eu l’immense honneur d’interviewer le bassiste de Deep Purple, Roger Glover, pour évoquer la sortie d’« Infinite », le dernier album du groupe mythique. L’occasion aussi de revenir sur l’ensemble de la carrière du groupe… Un exercice périlleux en seulement trente minutes d’entretien !

« Infinite » est un superbe album qui ravira sans aucun doute les fans de Deep Purple. Quel était votre état d’esprit quand vous avez commencé à le composer ? Le vide. C’est vrai, on ne commence jamais en se disant : « Allez, écrivons une super chanson ! » D’où les chansons viennent ? C’est un mystère. C’est comme si elles étaient suspendues dans l’univers et il faut être suffisamment chanceux pour en rencontrer une. Je me souviens que Paul McCartney a dit ça : quand il écrivait une mélodie, il devait à chaque fois vérifier qu’il n’avait pas entendu ça ailleurs. L’inspiration frappe toujours à des moments différents et je ne sais pas pourquoi, souvent, elle me prend sous la douche. Probablement parce qu’il n’y a pas d’autre distraction à ce moment-là. L’eau coule et soudain, j’entends une mélodie dans ma tête et le challenge, c’est de ne pas l’oublier avant d’avoir fini de se sécher ! Avec Purple, on n’écrit pas de chansons au départ, on se contente de jammer jusqu’à ce que des morceaux se forment grâce à ce que tout le monde apporte. Les chansons sont l’issue d’un travail commun. Et c’est comme ça depuis que je compose des chansons, c’est-à-dire depuis que j’ai treize ans ! Concernant les paroles, c’est Ian qui les écrit et généralement, cela vient de conversations qu’on a eues, des réminiscences du passé, des petites amies, les gros titres des journaux, des histoires que des gens nous racontent,… C’est un melting-pot de plein de choses qu’on rassemble.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec Bob Ezrin en particulier pour produire cet album ? Il a produit le précédent et le résultat était super, donc on a simplement décidé de le solliciter à nouveau. On a travaillé avec d’autres producteurs par le passé, j’ai aussi moi-même produit le groupe à un moment donné, mais Bob Ezrin a vraiment une façon spécifique de travailler. Il était venu nous voir lors d’un concert à Orlando, on s’est rencontré le lendemain et il nous a dit beaucoup de choses intéressantes, je l’ai tout de suite apprécié. La relation entre un groupe et son producteur doit être saine, il faut se faire confiance et c’est ça le truc entre Bob et nous. Une fois que cette base est établie, on peut se parler sans peur, sans se dire qu’on va décevoir la personne ou la fâcher. On est juste honnête et on avance. Le but de Bob est de capturer ce qu’il a vu en live, notre cohésion, notre énergie, celle du public et je pense qu’il a fait un très bon travail en ce sens. On s’est tous retrouvé en studio et il a instauré une bonne ambiance, ce qui fait partie du job de producteur, et on a enregistré tous ensemble, ce qui est beaucoup plus naturel finalement que d’enregistrer un instrument après l’autre. Avec toute cette technologie aujourd’hui, on peut faire tout ce qu’on veut et éventuellement atteindre un semblant de perfection. Mais nous, on ne veut pas être parfait, on veut être humain.

On peut remarquer sur cet album que le son de guitare de Steve Morse sonne différemment de celui de Ritchie Blackmore, mais le clavier de Don Airey’s est proche de celui de Jon Lord. Était-ce une volonté du groupe de garder ce son qui a fait son succès ? Je pense que Steve et Don jouent dans le plus grand respect de leurs prédécesseurs disparus. À vrai dire, Steve est un guitariste tout à fait différent de Ritchie et c’est pour ça qu’il est dans le groupe aujourd’hui. Cela ne nous intéressait pas de trouver un guitariste qui sonne comme Ritchie, même si certains fans auraient adoré, je pense que le groupe n’aurait plus duré, car on ne peut pas jouer avec quelqu’un qui prétend être quelqu’un d’autre. Il faut être soi-même à cent pour cent. Au moment d’engager Steve, on avait besoin de changement et il a pu nous l’apporter, c’était la personne idéale. Et Don, il est arrivé bien des années plus tard, issu d’un background plus jazz, mais il sait tout faire : du classique au Rock et c’est la même chose pour lui, s’il n’était pas entré dans le groupe, nous n’aurions sans doute pas continué. On avait besoin de ce changement. Ils ont su garder l’esprit du passé tout en s’appropriant leur propre place.

« Roadhouse Blues » des Doors termine l’album. Vous avez fait cette reprise pour le fun ou il y a une autre raison ? Tout ce qu’on fait avec Purple, c’est pour le fun (rires) ! En fait, c’est une suggestion de Bob de finir l’album avec une reprise, quelque chose qu’on sait tous jouer et qu’on n’a pas besoin de répéter. On y a réfléchi quelques minutes et on est tombé d’accord sur « Roadhouse Blues », parce que c’est sympa. On a simplement cherché les paroles sur internet et en une prise elle était faite !

On a entendu dire qu’ « Infinite », le vingtième album de Deep Purple, serait votre dernier. En êtes-vous sûr ? Si oui, quels sont vos plans pour la suite ? Non, ce n’est pas sûr que ce soit le dernier. Dans le documentaire que l’on a tourné lors de l’enregistrement du CD, nous ne nous sommes pas occupés de la narration et à la fin, ça dit que c’est peut-être notre dernier album, donc il y a une petite nuance… On sait tous qu’à notre âge, on ne vivra plus des siècles, que notre santé peut se dégrader. On s’amuse tellement à faire ce qu’on fait que, bien sûr, nous n’avons pas de désir d’arrêter, mais cela pourrait devenir nécessaire. On ne sait pas quand. On continuera à jouer jusqu’à ce que cela devienne évident que l’on doit stopper, quand on ne pourra plus se donner à fond. Je pense qu’il faut admettre que l’on est plus proche de la fin que du début. J’ai 71 ans aujourd’hui et jamais je n’aurais imaginé pouvoir faire ça toute ma vie !

Et qu’est-ce que ça vous fait quand vous réalisez que le groupe a cinquante ans de carrière ? C’est une sorte de stupéfaction. Quand j’y repense, à l’époque avoir du succès avec un groupe pendant trois ou quatre ans, c’était déjà très bien, si tu dépassais les six années, là c’était spectaculaire ! En fait, on ne pense jamais à la suite, vingt ans, ça passe comme un claquement de doigts !

Autrement, on vous l’a certainement déjà demandé, mais pensez-vous que le Hard Rock et le Metal auraient été différent si Deep Purple n’avait pas existé ? On ne m’a jamais demandé ça avant ! Mais c’est vrai qu’avec des groupes comme Led Zeppelin, Deep Purple a marqué un tournant dans l’histoire de la musique. Mais je ne pense pas que ce soit seulement à cause de Deep Purple, je pense que c’est le climat de l’époque qui a voulu ça, le changement. Nous étions trois groupes en tête, si je puis dire, mais la plupart des groupes de cette période ont fait quelque chose de différent. Aussi, le Hard Rock n’était pas bien vu à l’époque, ça ne passait pas à la télé ou à la radio et malgré tout, on a rencontré le succès, en étant hors des normes. Je pense que la clé du succès, au final, c’est d’être leader et non suiveur, en fait.

Aujourd’hui, il y a ce phénomène des cover bands, dont certains sont consacrés à Deep Purple, qu’est-ce que cela vous évoque ? Est-ce quelque chose de plaisant ? Oui, c’est un compliment. Et beaucoup de ces groupes jouent nos chansons beaucoup mieux que nous, car ils les apprennent depuis les CD’s et les jouent comme telles. Nous, on ne fait jamais la même chose deux fois, on ne joue jamais nos morceaux exactement de la même façon, même pour « Smoke On The Water ». Ça dépend toujours des circonstances, de notre humeur, de l’ambiance,… Et c’est pour ça qu’on répond non quand on nous demande si on n’en a pas marre de jouer « Smoke On The Water » !

Finalement, je dois dire que c’est assez délicat d’interviewer un artiste comme vous, qui a des dizaines d’années de carrière et qui a déjà répondu à des centaines d’interview. Est-ce qu’il y a une question qu’on ne vous a jamais posée ? Hm… S’il y a une question qu’on ne m’a jamais posée (rires) ! J’ai très certainement une liste des questions préférées des journalistes, mais c’est très difficile d’interviewer quelqu’un, en fait, j’ai essayé de faire ça quelques fois et je dois reconnaître qu’une bonne interview n’est pas quelque chose de facile à réaliser. Ça se prépare, il faut avoir un bon feeling, de l’empathie pour la personne… Je n’envie pas les journalistes (rires) !

La question la plus demandée, alors ? N’êtes-vous pas fatigué de jouer « Smoke On The Water » ? Et le secret de notre longévité, aussi. Si je le savais, j’enfermerai ce secret dans un coffre !

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